Le film ‘Home’ a rencontré un énorme succès sur France 2
vendredi en rassemblant plus de 8 millions de téléspectateurs. Un résultat bien
meilleur que les scores réalisés par la série phare de la chaîne, « FBI
Portés Disparus », c’est dire…
ALORS OUI, on doit se réjouir qu’un film qui traite
d’environnement, diffusé en primetime sur une chaîne publique, reçoive un si bon
accueil.
ET PUIS OUI, Yann Arthus-Bertrand est un grand photographe,
qui a un sens esthétique incroyable. ET OUI, ce talent-là se retrouve dans
‘Home’.
ENFIN OUI, si la diffusion de ‘Home’ a permis de donner ne
serait-ce qu’une voix de plus à la liste Europe Ecologie menée par Daniel
Cohn-Bendit dimanche, c’est que le film aura produit le résultat espéré :
la prise de conscience des enjeux climatiques.
En apparences, tout ça est très beau et très simple : un film généreux a changé les Français, et cela s'est même senti dans les urnes ! Mais ce qu'on présente comme un phénomène de société masque un certain nombre d’aberrations. Et il
n’est pas nécessaire de creuser beaucoup pour voir surgir les premiers couacs.
PARCE QUE NON, on ne peut pas réduire la prise de conscience
collective des problèmes écologiques à un film diffusé en 2009, si tant est que
ce soit la veille d’un scrutin ! Faut-il rappeler qu’on parle de façon
massive des problèmes environnementaux depuis les années 80, et que depuis le
début des années 2000 on a assisté à un flot ininterrompu de documentaires sur
ces sujets (Al Gore, Un jour sur terre, Le cauchemar de Darwin, etc., et même
les plus anciens documentaires Cousteau !).
ET PUIS NON, le succès d’audience du film ‘Home’ n’est pas
un « hasard », quand on voit le dispositif qui a été mis en place par
la production pour la sortie du film. Financé par François Pinault, qui s’est
payé les services du producteur Luc Besson, le film a été offert gratuitement
au public sous tous les médias existants, partout dans le monde : par
téléchargement à la demande, à la télévision, au cinéma, ou lors de diffusions
événementielles (comme le soir du lancement sur écran géant au Champs de Mars à
Paris). La machine est énorme, gigantesque, démesurée. C’est là où toute la
puissance de l’industriel du cinéma Luc Besson se dévoile. Un événement commercial
aussi gros, aussi démesuré, et de surcroît gratuit, ça met tout de même un peu
mal à l’aise quand on parle d’écologie, non ? En tous cas, à titre
personnel, ça me gêne, parce que je me demande ce que cela cache… Je veux bien
accorder le bénéfice du doute quant à la conscience écolo d’Arthus-Bertrand,
mais pour ce qui est de celle de Luc Besson, j’ai un peu plus de mal. Disons
que ce monsieur (réalisateur de la série de films ‘Taxi’ par exemple), on
l’imagine plus facilement en Hummer à Venice Beach qu’en vélo ou voiture hybride dans
le Larzac !
ET NON, si ce film est offert gratuitement aux foules, ce
n’est pas forcément pour l’intérêt supérieur de la planète, mais pour défendre
une vision bien précise et subjective de l’écologie. Un exemple ? Et bien
figurez vous que Yann Arthus-Bertrand affirme que dans ses rushs il a des
images qui ont été tournées à Tchernobyl, mais que malheureusement il
« n’a pas eu le temps » (sic) de les utiliser dans les 2 heures
et 25 minutes que dure ‘Home’. Plus généralement, il n’a pas eu l’occasion
d’aborder le sujet du nucléaire, « tant les enjeux environnementaux sont
énormes ». Dommage ! Ca sera pour la prochaine fois peut-être ? Pourquoi
pas faire un 'Home 2'
POUR FINIR NON, Yann Arthus-Bertrand n’a pas toujours été un
partisan de l’écologie (son arrivée sur ce sujet remonte à 2005). Comment oublier
que le monsieur a travaillé pendant plus de vingt ans en sillonnant la planète
de long en large à bord d’hélicoptères ou d’avions (avec notamment dix années
sur le Paris-Dakar) ? Yann Arthus-Bertrand, c’est un peu la méthode
Nicolas Hulot appliquée à la photographie : pour devenir célèbre et gagner
de l’argent, on fait des choses sensationnelles avec la nature – quitte à la
bousiller – puis, surfant sur la mode, on se rachète une bonne conscience
médiatique en affirmant avoir toujours été préoccupé par l’écologie. Autre point commun entre Mr Hulot et Mr Arthus-Bertrand
: le goût de la télévision. Comment oublier ce (merveilleux) programme court de
2 minutes qui était diffusé tous les soirs un peu avant 20h sur France 2, et
qui était sponsorisé par EDF (retour au nucléaire, la boucle est bouclée ?),
et dans lequel il commentait ses propres photos ?
Grâce au succès de ‘Home’ et de l’écologie dans la campagne des européennes, il se murmure que Mr Arthus-Bertrand aurait été approché pour intégrer le gouvernement. L’enjeu est donc le suivant : aura-t-il au moins droit à un 4x4 de fonction ?